Souffrance au travail : comment faire face au stress et à l’épuisement au travail ?

Dans la période récente marquée par l’expression visible et criante de la souffrance sociale et professionnelle, ce n’est certainement pas un hasard que soient parus plusieurs livres originaux et passionnants proposant des approches et des issues inattendues qui peuvent aider à faire face à ces phénomènes. Parmi ceux-ci, citons « La Stratégie de la Libellule » paru en octobre 2018, de Thierry Marx, un grand professionnel et entrepreneur, célébré pour son talent de cuisinier, qui propose de « remettre de l’Être » dans sa vie, de prendre de la distance et d’avancer pour savoir durer. « Lorsque la libellule, écrit-il, est confrontée à un obstacle, son premier mouvement consiste à changer d’axe. Sans jamais reculer, elle teste un passage par le haut, puis par le bas, de droite à gauche et de gauche à droite, jusqu’à trouver la solution. Autrement dit, la libellule se montre capable de prendre de la distance. Quand nous avançons sur un chemin, nous rencontrons un certain nombre d’obstacles. En réalité, ce ne sont pas des obstacles mais des faits. Or ceux-ci ne sont pas négociables. Le meilleur moyen de les considérer est toujours de rechercher en eux le potentiel qu’ils dissimulent ».

Dans « La Stratégie de la libellule », Thierry Marx développe tous les mots-clefs qui lui ont permis de construire et d’affiner sa philosophie. Des arts martiaux à l’entreprise, en passant par l’échec, la méditation ou la rigueur, il revient sur ce qui l’a inspiré et sur ce qui, chaque jour, l’aide à s’en tenir uniquement à son projet. « Si ce livre pouvait modestement vous servir à créer des opportunités, il aurait atteint son but. Nous pourrions alors remercier les libellules ». Citons également « Ça va comme un samedi même le lundi », paru en septembre 2018, le livre de Jean-Luc Hudry, conférencier, « expert en optimisme » et speaker de la Ligue des Optimistes : « Vos collègues sont pessimistes et vous êtes à bout de forces ? Quels que soient l’organisation, le niveau hiérarchique, le domaine d’activité, vous trouverez toujours des quantités de pessimistes prêts à vous expliquer pourquoi telle action n’est pas possible et pourquoi vous auriez tort d’essayer telle autre. La question est donc : dans l’intérêt de tous, y compris du leur, comment agir pour mieux vivre, ensemble, au bureau ? »

Confrontés à un pessimisme contagieux qui vous plombe le moral, « vous ressentez de la lassitude à travailler avec des gens viscéralement pessimistes qui vous coupent les ailes chaque fois que vous bougez une oreille ou que vous prenez une initiative. C’est humain, vous souffrez de ce conte pesant et l’entreprise en souffre aussi. Alors vous cherchez des remèdes et tombez sur le fameux conseil « fuyez les gens négatifs ». Facile à dire, moins à réaliser, car il vous est difficile de changer d’entreprise au seul motif que vos collègues vous font chausser des semelles de plomb, vous qui rêvez de porter des ballerines ». Dans l’intérêt de tous, souligne cet auteur, et pour mieux vivre au bureau adoptez donc la solution optimiste suivante(…) : « Je ne donne pas de conseils à mes collègues pessimistes, je leur montre des exemples ». « Vous n’avez pas le choix, poursuit-il : vous devez cohabiter et travailler avec des collègues peu stimulants dont l’inspiration principale consiste à jouer les oiseaux de mauvais augure. Inutile de les fuir. Au contraire : identifiez-les bien et adoptez une stratégie positive vous permettra d’aller vers le mieux, d’établir une meilleure ambiance, plus de solidarité entre collègues, plus d’envie de faire des choses et de réussir ensemble ».

Dans leur livre « L’EMPIRE DU STRESS – Quand le stress devient votre employeur » (Éditions de L’Homme – 2012), un livre un peu moins récent mais d’une grande acuité, Laurence et Christophe Bagot abordaient la question du stress au travail, le phénomène, son environnement, ses conséquences et ses solutions : « Comment en sommes nous arrivés là ? Et pourquoi assistons-nous à une multiplicité de facteurs de stress dans le monde actuel, et peut être une amplification dans celui de demain ? Le stress professionnel exerce une pression constante et réelle sur la quasi-totalité des employés et des entreprises. Ce livre enrichi d’exemples reflétant la réalité quotidienne vous permettra de porter un regard lucide et multiple sur le phénomène de stress au travail, ses enjeux et ses répercussions.

Vous y trouverez les repères pour en identifier les sources, des instruments pour en mesurer l’intensité et des clés pour en reconnaître les effets néfastes sur votre santé et votre environnement. Pour remédier aux conflits et ainsi favoriser l’épanouissement du salarié, ce livre est riche en conseils ciblés pour composer avec des personnalités stressantes. Les auteurs donnent un état des lieux et ouvrent la voie à tout un éventail de solutions qui aidera le salarié dans son entreprise, le travailleur dans son équipe ou le citoyen dans son pays ». Dans son tout récent livre « Comment gérer les conflits professionnels », – vous trouverez dans les pages qui suivent l’interview exclusive que nous a donné cet auteur et des extraits de son livre (avec son aimable autorisation et celle de son éditeur) – Pierre Cocheteux mentionne le rôle du stress parmi les facteurs qui peuvent alimenter ces derniers ces derniers. Pierre Cocheteux termine d’ailleurs actuellement un nouveau livre consacré à ce sujet. « Une mauvaise gestion du stress » est de fait une source de conflit professionnel potentielle lorsque « le stress est utilisé comme mode de management dans l’entreprise ». « Le stress est un programme de survie inscrit au plus profond de nos gènes, et en particulier dans notre cerveau reptilien. Lorsque celui-ci interprète une situation comme dangereuse, il déclenche automatiquement et instantanément le programme « survie ». « La conséquence de cette situation est que nous entrons immédiatement dans l’une des trois réactions suivantes :

  1. La fuite, nous cherchons à éviter la situation vécue comme dangereuse,
  2. La lutte, nous devenons agressifs pour tenter d’effrayer l’agresseur,
  3. L’inhibition, nous sommes découragés et nous perdons l’envie de nous battre ».

Six conseils pratiques face à l’épuisement professionnel

Les différents livres que nous avons cités et quelques autres récents ou moins ne manquent pas de proposer des stratégies et des attitudes à adopter pour faire face à cet épuisement qui peut nous mettre en difficulté au travail, quel que soit le poste que nous occupons, en bas ou en haut de la hiérarchie. L’épuisement se traduit par des souffrances bien identifiables liées à la sensation d’être dépassé, épuisé et submergé par les événements et cette idée que notre vie « nous échappe ». Tout va trop vite et nous ne pouvons plus « suivre ». La meilleure chose à proposer dans un tel cas est certainement de lire ces ouvrages et d’y trouver les pistes (ou les personnes à consulter) pour bien réagir. Mais dans un premier temps, six petits conseils pratiques et surtout simples, des « tuyaux », des « astuces » pouvant être mis en pratique immédiatement pourront constituer une « trousse de secours d’urgence » face à l’épuisement professionnel. Ainsi :

  1. Avant toute chose ne cédez pas à la tentation de « vous isoler », autrement dit, en termes positifs, rencontrez des gens, passez du temps avec eux. Soit des amis fiables et solides, si vous pouvez être à peu près assurés qu’il ne se croiront pas investis de l’obligation de « jouer les thérapeutes » et ne vous passeront pas « à la moulinette » des questions et leçons de morale. Soit des inconnus avec qui vous pourrez prendre un café et engager la conversation sur des sujets anodins, jouer aux cartes ou pratiquer une autre activité de pur loisir. Il s’agit simplement d’échanger des regards, des sourires, des plaisanteries, ou tout autre dérivatif à vos tracas habituels
  2. Ne vous enfermez pas ! La tendance de la personne épuisée au travail sera de rester bloquée devant son bureau, son ordinateur ou dans son atelier (sous des prétextes tels que celui de « rattraper son retard ») à des moments où il serait bon de s’aérer les poumons… et l’esprit. Dans la continuité de cet enfermement professionnel, les personnes atteintes d’épuisement auront tendance à passer leurs soirée, leurs week-ends voire même leurs jours de congés en s’enfermant chez soi dans un face à face permanent avec la télévision, les « bonnes nouvelles » que déversent – c’est bien connu ! – les chaînes d’info « en continu » ou les distractions préfabriquées, sans aucun rapport avec les énergies positives de la vie et de la nature ! Au contraire de cela : faites des pauses – même très brèves – et, qu’il pleuve ou qu’il vente, sortez.
  3. Prenez les meilleurs médicaments qui soient : un fruit, une soupe, un petit plat qui, de préférence ne soit pas sucré à outrance (attention aux premier médicament », disait déjà Hippocrate. En suivant ce précepte aux premiers signes d’épuisement, et à titre préventif, vous retrouverez des forces et éviterez peut-être de passer au stade de la dépression caractérisée.
  4. Bougez, pratiquez des activités physiques. En renouant avec ce besoin naturel de mouvements et d’exercice, vous retrouverez également de la vitalité et du ressort pour faire face aux difficultés du moment. Il peut s’agir de « faire du sport » : si vous avez, par exemple, « laissé tomber le tennis » depuis quelques années, pourquoi ne pas retourner taper quelques balles avec un proche ou des tiers. Mais vous pouvez aussi faire ménage, débarrasser votre cave ou un coin encombré : ce sont des activités physiques qui, de plus, laissent des traces visibles et positives dans votre environnement quotidien.
  5. A la nourriture réconfortante et à l’activité bénéfique, il est bon d’ajouter un sommeil suffisant en durée et de qualité. Donnez vous des moyens pratiques de faciliter ce sommeil par un bain préalable, un moment de détente en musique (douce !), une ambiance chaleureuse et confortable. Mais il faut admettre que dormir comme il faut n’est pas quelque chose qu’il suffirait de « prescrire ». Dans la négative, profitez de quelque occasion que ce soit pour faire de courtes « siestes » avec ou sans assoupissement complet.
  6. Entourez vous de plantes à la maison et au bureau – si possible – profitez de leur vitalité et de leur énergie doucement communicative. Les plantes apportent de la fraîcheur et de l’oxygène, elles sont tranquilles, elles bougent très peu, elles ne font pas de bruit. Prendre soin des plantes est une activité simple et paisible qui vous fera également du bien par son côté déstressant.

Cet article est issu du magazine Psychologie Réussir numéro 22. Vous pouvez découvrir tous nos magazines numériques sur notre site officiel